mardi 29 janvier 2019

SOUVENIR...


Védignac.


Il existe dans le tréfonds de ma mémoire un petit hameau perdu au milieu des pins, avec une mais on emplie de mes souvenirs.
L'été peut y être torride et les hivers rigoureux.
La neige n' est pas souvent au rendez vous de Noël mais lorsqu'elle se décide à faire une apparition, sortez les bottes, les gilets de laine, chargez à fond la vieille cuisinière ventrue de morceaux de châtaigner, de vieux fayards odorants... Inutile aussi de songer à sortir la 4L Renault du garage, une chape de blancheur le recouvre. Même le chien n'ose pas s'aventurer plus loin que le bout de la terrasse. Il marque néanmoins son territoire... Les chats ont disparu dans les méandres des caves (ce n’était pas encore la mode des « cajachats » et des croquettes survitaminées pour « bobos-minous-bio-vegan »!). Seule une vieille chatte grise a élu domicile sur une antique chaise branlante. On ne la voit jamais bouger, elle ressemble à un vieux coussin élimé, le son régulier d'un ronron mécanique est le seul indice nous prouvant qu'elle vit encore, mais la nuit sans doute... Dans cette vieille maison ça sent la chaleur du bois brûlé, de la soupe qui mijote sur la vieille cuisinière, le café bouillu, le sucré, le Calme.
L'été il y fait chaud, très chaud. Les volets sont tirés, les fenêtres ne sont jamais closes, la porte grande ouverte avec un rideau constitué de lamelles plastiques multicolores tente de stopper mouches, guêpes et autres insectes volatiles... Malheureusement la nuit les moustiques s'invitent et seules quelques énergiques giclées de « Fly Tox » nous procureront quelques heures de repos.
Il faut se lever tôt, parfois avec le soleil, pour descendre au jardin situé dans la petite vallée, au milieu des pins, avec deux arrosoirs pleins car de la petite source attenante, il ne s'écoule l'été qu'un fil tenu d'eau fraîche et claire, pour rafraîchir les tomates, les haricots... Il nous faut ensuite remonter, la pente est raide car souvent les arrosoirs sont lestés par quelques légumes. A midi nous nous régalerons avec une bonne salade de ces tomates fermes et dodues, l'heure n'est pas encore aux cœurs de bœuf ou autres grappes italiennes. De simples tomates rouges et rondes comme les joues d'une belle jeune fille souriante.

Les années se sont succédées comme des étoile anonymes, on ne lève plus les yeux vers le ciel, notre nuque douloureuse admire nos chaussures et nous ne savons plus quelle est la destination, notre destination . L'enfance est déjà loin dans la brume, il ne reste plus que quelques images noir et blanc, et la chimie peu à peu estompe la mémoire. L'odeur des pins est encore tenace à mes narines et je sens encore la grosse main calleuse de mon grand père enveloppant la mienne. Il est tôt ce matin là et nous empruntons la calade, les pierres sont disjointes, usées par les roues des charrettes et les fers des chevaux. Nous traverserons ensuite un petit bois, le son de nos pas sera amorti par un tapis d'aiguilles sèches. La route goudronnée nous attend sur l'autre versant. Encore un petit kilomètre et se sera le village, le portail de l'école se refermera alors sur mes rêves. J'ai six ans et déjà la liberté me manque.
Plus tard la ville, les villes...
Aujourd'hui il neige sur cette cité qui m’indiffère, mais l'odeur fraîche de la neige me transporte dans le temps, dans un autre temps. Vers une soirée de décembre où grand père et moi marchons sur la route. Le chien est déjà loin. Il rentrera plus tard et ira comme à son habitude se coucher sous le vieux buffet du salon. Silence... Nuit... Solitude... Bonheur.

Il ne reste plus rien si ce n'est dans la mémoire, de notre disque dur, de cette magie blanche. Ces instants merveilleux se meurent peu à peu dans notre méandre personnel neuronal. Comme les feuilles de ces marguerites aimées un peu ou à la folie. L'age efface les bonheurs, les regrets apparaissent.
Que vais je devenir dans les mois, les années futures ? Il est loin le temps de la neige et du chien Youri. Je ne me retrouve plus dans ce monde obscur . Tout m'est étranger. Est ce cela la fin ?

La Plaze 30.12.2018 / 29.01.2019





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